samedi 27 août 2011
Cavalleria
"Sancho"
"Sancho"
"Escucha el Quichotte"
"Sancho"
Petit bijou d'Albert Serra, Honor de Cavalleria se regarde d'un trait, se contemple sous plusieurs angles, et offre aux yeux une multitude d'intentions délicates, esthétiques et formelles. Carrément arty dans le fond et la forme - Albert Serra ne s'en cache pas vraiment, et son film est pour lui une véritable réussite, quitte à tenir du génie - on s'en détache bien vite pour se concentrer sur ces paysages, vues, et plans exceptionnels ; sur la relation entre le Quichotte et Sancho - tour à tour fils, confident, apprenti, successeur, la paire est magnifique, les corps difformes (épuisé, faible et osseux, l'autre lourd et jeune) ; on les suit avec douceur et lenteur dans leur quête. Très peu de mots et surtout cette nature omniprésente. Elle les mange, eux et leur foi, même si elle peut parfois s'avérer généreuse et extrêmement séduisante. Ce film est très beau et très attachant.
dimanche 24 juillet 2011
dimanche 15 mai 2011
Mathematics : Salyu x Salyu

Démultiplication des sources à tous les étages, millefeuilles de voix suspendues et reproduites à l’infini, production pleine de petites attentions discrètes et scintillantes : Salyu se fractionne subtilement à travers Soundbeam, se dédouble pour donner naissance à un projet futuriste pop mirifique – dont le père n’est autre que Keigo Oyamada, aka Cornelius – remplit de petites merveilles synthétiques, joyaux technologiques d’electronica-pop aux allures plutôt classe et renvoyant pas mal de clones ennuyeux tournant en rond dans leur niche. Soundbeam est donc issu de l’union de deux célébrités nipponnes, toutes deux révérées dans leur pays, et peut être différemment sophistiquées pour bénéficier d’un véritable rayonnement sur le territoire latin.
Suivant les traces de Sensuous, dernier album en date du petit génie Oyamada, ce nouveau duo se complète à merveille sur une petite dizaine de titres circonscris par le talent de techniciste et la vision singulière de Cornelius - qui produit le projet. A l’écoute de sa discographie on constate très rapidement la continuité du programme-manifeste formel à nouveau appliqué dans Soundbeam. Rien de particulièrement neuf pourtant à découvrir entre les lignes, mais la poursuite d’une upgrade à long terme de la pop (comme l’annonçait déjà Sensuous), gravissant avec élégance ses multiples extrémités et excroissances. Cornelius offre donc un terrain de choix à la chanteuse Salyu, lui offrant la possibilité d’explorer de nouveaux horizons vocaux. Même si celle-ci continue de profiter d’un encadrement globalisant – sur cet album Oyamada fabrique les mélodies, Shintaro Sakamoto frontman des Yura Yura Teikoku et Seiko Ito s’occupent des textes – le résultat est vraiment réjouissant et suggère de belles perspectives sonores.
Salyu se clone avec splendeur sur Tada no Tomodachi – le clip fragmenté en quatre écrans réalisé pour l’occasion – les voix se superposent, contretemps à foison – on peut d’ailleurs regarder le clip en lançant les vidéos quand on le veut : ludique et hypnotique. L’album oscille au final assez naturellement entre hymnes techno-pop (Dorei, titre phare de l’album qui se permet de reprendre tout ce qui faisait nous dire que Cornelius c’était un peu la pop du futur : gros kick compressé, cloches à répétition, bleeps de partout, le tout surplombé par la mélodie vocale géniale de Salyu ; aussi Mirror Neurotic qui pourrait tendre vers Takako Minekawa), et expérimentations un peu naïves comme sur Utaimasho. D’autres comme Sailing Days rappellent la magie nocturne qu’exerçait des titres comme Tone Twilight Zone, Sensuous ou encore l’incroyable Omstart.
On se dit que Cornelius est définitivement un des plus habiles et des plus malins artisans du son à l’heure actuelle ; on se dit aussi, malgré que l’album n’apporte pas forcément quelque chose de sincèrement inédit (et on s’en fiche un peu sur ce coup-ci), que sa collaboration avec la chanteuse J-pop Salyu n’est pas vaine, au contraire, oriente doucement la pop dans une direction pleines de subtilités et de sensibilité, ne pouvant que faire du bien dans le marasme postmoderne.
Salyu x Salyu - Dorei
dimanche 28 novembre 2010
Sail Away Summertime
C'est souvent de manière imprévue et un peu déplacée que le pincement surgit au coeur, pied de nez titanesque à un dimanche après midi tordu, froid et insidieusement humide. Il y a un endroit pour la douce récompense d'une longue journée avançant au ralentie, discret et bien gardé, frontalier des harmonies qui réchauffent et qui n'ont plus grand chose à prouver (Beatles, Beach Boys), au croisement de quelques rayons de soleil mirifiques et rassurants, situés dans les cordes vocales suspendues (vibrations lumineuses) et le coeur langoureux (pulsations réanimatrices) des Postmen.
Trois amis et une amie suisse genevois, tirant la veste vers les influentes années soixante-soixante-dix avec dans le beau panier Beatles, Dylan, Leon Russell, Crosby Still and Nash (d'autres influences sont étrangement citées sur leur site), réappropriées entièrement le temps d'une pause déjeuner au mac-donald du coin, et rechargant miraculeusement le Sunny Afternoon des Kinks. Les Postmen ne réalisent probablement pas la performance de l'année, mais personne ne leur a demandé et c'est parfait comme cela. Le moment est éblouissant et offre, à la lumière des quelques rayons de soleil traversant la zone de jeu des amis (en bonne santé) de Ronald, quatre personnages tous magnifiques et illuminés. Louise est même montée avec son violoncelle, l'un est à la guitare, l'autre tape, le dernier lead à la voix. Les quatre chantent terriblement bien, et la sensation que quelque chose de somptueux est en train de naître. Capturé par la caméra des bim-bam-boum (le travail est remarquable sur cette vidéo, les autres 'attentats sonores' ne justifient pas forcément ce terme un peu trop valise-facile), et tenant en équilibre sur un fil de manière tellement simple et évidente, le moment en est sublimé : harmonies chaudes et chaleureuses, une complicité limpide à l'épreuve de toute morosité glaciale. Les yeux se croisent, et les coeurs fondent, quelques notes jouées de travers et un sourire amusé, détendu et toujours concentré de Louise, un rire furtif et nerveux de Julien perdant le fil - un court moment d'évasion, peut être un rayon de soleil de trop dans les yeux, les autres continuent sans faille, apaisés.
Ils pourraient être partout à la fois et sont hors du temps (la lumière n'indique pas précisemment le moment de la journée), on aimerait vraiment pourvoir grimper les rejoindre, se nicher à l'abri du vent et se réchauffer pendant encore un long moment (la manageuse du mac-donald peut allez se faire voir cette fois-ci) au son de leur voix. C'est finalement tout ce qu'on prendra d'eux, cette après-midi de lumière et d'étincelles. "All I've got's this sunny afternoon".
mercredi 11 novembre 2009
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